Le burnout est un mal sournois. Il se dissimule dans ce que la personne a de plus précieux pour elle : son travail et tout ce qu’elle met d’elle-même dans son travail. Et comme le travail est le lieu du lien social par excellence, quand le lien au travail se délite, c’est l’ensemble de la sphère personnelle qui est touchée.

Car le burnout, est une « maladie du don » comme le rappelle Pascal IDE(1). Il touche avant tout des personnes ayant une volonté de servir, d’être utile et de participer à l’œuvre collective. Et systématiquement des personnes ayant à cœur de se dépasser, d’atteindre leurs résultats et de prouver leur utilité (sociale).

Résultat d’un long processus dont il est l’ultime étape, le burnout survient généralement sans prévenir. Un matin, la personne se réveille, désorientée, incapable de prendre une décision et de contrôler son intellect ni de raisonner. Elle est littéralement vidée. Auparavant de nombreux signaux auront été renvoyés par la personne auxquels il aurait convenu de prêter attention : sur-engagement, cynisme, perte de confiance en soi, erreurs, premiers arrêts de travail de courte durée, difficultés à gérer ses émotions, etc. Avant le burnout, la personne est généralement dans une situation de déni : les signaux qui indiquent le surmenage ne sont pas entendus et la personne ne veut pas voir que cela ne va pas malgré l’épuisement caractérisé. Et c’est là que la personne s’effondre. Et à ce stade, elle se retrouve impuissante et dépourvue du moindre contrôle sur les évènements.

Le burnout est avant tout une rencontre. Si l’on place deux personnes dans des postes identiques avec des enjeux identiques et des moyens identiques, l’une pourra passer par un processus de burnout et l’autre non. Pourquoi ? Car ce qui se joue dans le burnout est avant tout cette rencontre entre la personne avec son histoire personnelle (histoire familiale, histoire au travail, système de valeurs, convictions et croyances, etc.) et des situations de travail.

C’est en cela d’ailleurs – outre quelques entreprises ayant défrayé la chronique ces dernières années – qu’on ne peut pas mettre la responsabilité d’un burnout sur l’entreprise ou sur son management. Certes certaines pratiques managériales peuvent être à la source d’un burnout mais ce que révèle le burnout face à ces pratiques managériales est plus profondément ancré dans la personne et dans sa construction personnelle. A titre d’exemples, on pourrait citer le rapport à l’autorité ou à la soumission ou encore à la peur de décevoir, etc.

De même que le burnout est le résultat d’un processus, la sortie d’un burnout obéit elle-même à un processus. Se distinguant clairement de la fatigue passagère, le burnout a un tel impact sur le lien au travail et la façon dont ce dernier s’est mis en place tout au long de la carrière (même courte), qu’il nécessite de très longs mois avant de pouvoir reprendre le chemin du travail sereinement.

Car la sortie du burnout obéit finalement au même processus de réparation que celui du deuil. Après les premières étapes que nous avons mentionnées (choc, déni), survient la phase de colère, centrale dans le processus de réparation.

La colère s’exprime contre les Autres (les collègues, l’entreprise, le conjoint, les enfants) et représente l’émotion primaire de réparation face au préjudice vécu. La personne exprime ainsi son sentiment d’injustice, de frustration.

Mais plus que la colère envers les autres, c’est la colère contre soi-même qui rentre en jeu. La personne est en colère contre ses réactions, contre son histoire, contre ses croyances passées, contre ses émotions, etc. Il semble fondamental de pouvoir revisiter son passé pour que la personne puisse exprimer les raisons de cette colère envers elle-même.

Dans mes différentes rencontres avec des personnes ayant traversé un burnout, il n’est pas rare que certains disent avoir fait deux burnout ou même trois burnout coup sur coup. Quand elles sont interrogées, toutes décrivent une reprise du travail trop hâtive. Soit à cause de la pression sociale (les amis et la famille mais également la société de façon plus générale) soit à cause de la pression qu’elles se sont mis elles-mêmes convaincues de devoir retisser rapidement leur lien au travail et que la reprise du travail devait participer à leur reconstruction.

Hors, pour toutes ces personnes interrogées, il apparaît qu’elles ont repris le travail trop tôt alors que leur processus de deuil n’était pas finalisé. Alors que les étapes du processus n’ont pas été respectées, la personne se retrouve – dans sa reprise de travail – confrontée à sa colère, à sa tristesse ou à ses peurs, sans les avoir interrogées et incapable de les maîtriser face à leurs collègues ou à leur manager.

Reprendre le travail après un burnout nécessite d’avoir interrogé son passé, le pourquoi de ses réactions et de faire un travail sur soi pour comprendre comment on en est arrivé là. C’est ce qui permettra, pour reprendre le parallèle avec la courbe de deuil, d’accepter ses failles et ses difficultés et d’en ressortir renforcé et serein.

Les déterminants du burnout – au niveau organisationnels – sont connus : qualité entravée, charge de travail, autonomie, injonctions paradoxales, décalage entre les valeurs, reconnaissance, injustice, manque de clarté dans les objectifs et moyens, etc.

Reprendre le travail après un burnout nécessite d’interroger l’ensemble de ces déterminants et de les mettre en résonnance avec son parcours de vie. Ce qui permettra à la personne de se poser les bonnes questions : « Pourquoi ais-je tant besoin de reconnaissance ? » « Comment trouver de la reconnaissance quand j’ai le sentiment de ne pas en recevoir ? » « Comment gérer ma charge de travail autrement ? » « Comment être davantage maître de la qualité de mon travail ? »

Reprendre le travail après un burnout nécessite cette introspection et ce temps de questionnement. Cela nécessité de mettre en place des stratégies de coping et d’adaptation et de repenser son lien au travail, en profondeur.

C’est l’objet des stages Kintsugi RH : passer au travers de la métaphore de la technique traditionnelle japonaise du Kintsugi et interroger le lien au travail :

  • Pourquoi cela a cassé ?
  • Quels sont les morceaux et les fragments dans ma vie ?
  • Quels sont ceux à éliminer ? A conserver ? Et sur lesquels s’appuyer ?
  • Où sont mes lignes de failles ? Où sont mes points d’appuis ?
  • Sur quoi reconstruire pour être plus solide et plus résilient ?

Ces questionnements indispensables permettront à la personne de ré-aborder sereinement son travail. Car si l’entreprise et les DRH en particulier ont des responsabilités vis-à-vis du burnout dans la détection des personnes et leur prise en charge, le travail de fond doit être mené par le salarié, en conscience, pour permettre une réelle renaissance.

(1) – Le burnout – une maladie du don – Pascal IDE – ISBN 978-2369690337